Comment réaliser une ACV : guide complet étape par étape

L’Analyse de Cycle de Vie (ACV) est aujourd’hui reconnue comme la méthode la plus rigoureuse et la plus complète pour évaluer l’impact environnemental d’un produit ou d’un service. Mais pour beaucoup d’entreprises, elle reste entourée d’un halo de complexité qui freine le passage à l’acte : normes ISO, bases de données d’inventaire, méthodes d’évaluation des impacts, revue critique… Par où commencer ? Qui doit porter le projet en interne ? Combien de temps faut-il prévoir ?

Ce guide démystifie la démarche. Il détaille les 4 étapes normatives d’une ACV selon ISO 14040 et ISO 14044, les décisions clés à prendre à chaque phase, les erreurs fréquentes à éviter, et la façon dont un logiciel comme Zelio Impact structure et accompagne chacune de ces étapes en pratique. L’objectif n’est pas de former des experts ACV en quelques pages — c’est de vous donner une vision claire et opérationnelle de ce que représente concrètement un projet ACV, de la première réunion de cadrage à la publication des résultats.

Que vous soyez responsable RSE, ingénieur produit, chef de projet écoconception ou dirigeant d’une PME industrielle, ce guide est conçu pour vous.

Sommaire

Qu’est-ce qu’une ACV ? Les fondamentaux en 5 minutes

L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) est une méthode d’évaluation normalisée (ISO 14040 et 14044) permettant de réaliser un bilan environnemental multicritère et multi-étape d’un système sur l’ensemble de son cycle de vie. Elle s’applique aussi bien à un produit physique (emballage, vêtement, véhicule, matériau de construction) qu’à un service ou un procédé industriel.

Contrairement au bilan carbone qui mesure uniquement les émissions de gaz à effet de serre d’une organisation, l’ACV évalue les impacts environnementaux d’un produit ou service sur un spectre multi-indicateurs : changement climatique, consommation d’eau, eutrophisation, acidification, appauvrissement de la couche d’ozone, toxicité humaine, épuisement des ressources abiotiques, et bien d’autres.

À quoi sert une ACV concrètement ?

Les entreprises réalisent des ACV pour des raisons très diverses :

  • Écoconception : identifier les étapes du cycle de vie les plus impactantes pour orienter les efforts de R&D (choix des matériaux, optimisation des procédés, allégement, recyclabilité).
  • Affichage environnemental : produire des Déclarations Environnementales Produit (EPD/FDES) publiées sur des bases reconnues (INIES, International EPD System).
  • Conformité réglementaire : répondre aux exigences de la RE2020 (bâtiment), du Score d’Affichage Environnemental (textile), du règlement ESPR et du futur Passeport Produit Numérique.
  • Communication client : répondre aux questionnaires ESG des donneurs d’ordre demandant des données d’empreinte produit dans le cadre de leur scope 3.
  • Aide à la décision stratégique : comparer deux technologies, deux fournisseurs ou deux scénarios de fin de vie sur des critères environnementaux objectifs.

Les trois types d’ACV selon le niveau de détail

Toutes les ACV ne se valent pas en termes de rigueur et d’usage. On distingue généralement trois niveaux :

  • L’ACV simplifiée (ou screening ACV) : repose sur des données secondaires (bases de données génériques) et couvre un périmètre réduit. Non certifiable, elle sert essentiellement à l’écoconception interne et à l’identification des “points chauds”.
  • L’ACV complète ISO 14040/14044 : repose sur des données primaires collectées auprès des fournisseurs et des sites de production, couvre l’ensemble du cycle de vie et peut faire l’objet d’une revue critique. C’est la référence pour les EPDs et toute communication publique.
  • L’ACV carbone (ISO 14067 — empreinte carbone produit) : se concentre sur le seul indicateur changement climatique (GWP). Plus simple à réaliser, elle est souvent utilisée comme premier niveau d’analyse ou pour des obligations spécifiques.

Ce guide se concentre sur l’ACV complète conforme ISO 14040/14044, qui est le cadre de référence pour les études professionnelles et les EPDs.

Les 4 étapes d’une ACV selon ISO 14040/14044

Telle que définie dans les normes internationales ISO 14040 et 14044, l’analyse de cycle de vie est un processus itératif constitué de 4 étapes. Ces quatre phases ne sont pas strictement séquentielles — l’ACV est un processus itératif, où les décisions prises en phase 1 peuvent être révisées à la lumière des résultats de la phase 3, et où la phase 2 nourrit continuellement la phase 4.

Voici ces quatre étapes et ce qu’elles impliquent concrètement.

Étape 1 — Définition des objectifs et du champ de l’étude

C’est l’étape la plus structurante de toute l’ACV. Les décisions prises ici conditionnent l’ensemble des travaux suivants. Une mauvaise définition des objectifs ou du champ de l’étude est la principale source d’erreurs méthodologiques dans les ACV professionnelles.

1.1 Définir les objectifs de l’étude

Avant toute collecte de données, il faut répondre à trois questions fondamentales :

  • Quelle est la raison d’être de cette ACV ? (écoconception interne, EPD à publier, comparaison de produits, réponse à un appel d’offres, conformité réglementaire…)
  • À qui sont destinés les résultats ? (décideurs internes, clients, organismes de certification, grand public…)
  • Y aura-t-il une communication publique des résultats ? Si oui, une revue critique tierce partie sera obligatoire selon ISO 14044.

Ces trois réponses déterminent le niveau de rigueur requis, le périmètre à couvrir et les ressources à mobiliser.

1.2 Définir l’unité fonctionnelle

L’unité fonctionnelle (UF) est la mesure de référence qui quantifie la fonction remplie par le produit ou service étudié. C’est l’étalon qui permet de comparer des systèmes de produits remplissant la même fonction, indépendamment de leur forme physique.

Une bonne unité fonctionnelle doit être :

  • Fonctionnelle : elle décrit ce que le produit fait, pas ce qu’il est.
  • Quantifiée : elle inclut une dimension de performance mesurable.
  • Temporalisée : elle précise la durée ou la période de référence.

Exemples d’unités fonctionnelles bien définies :

  • “Emballer et protéger 1 litre de boisson pendant le transport et jusqu’à consommation” (bouteille).
  • “Couvrir 1 m² de sol intérieur pendant 20 ans en conditions d’usage standard” (revêtement de sol).
  • “Laver 1 kg de linge à 40°C en cycle standard” (lessive).
  • “Transporter 1 tonne de marchandises sur 100 km en Europe” (transport).

L’erreur la plus fréquente est de définir l’unité fonctionnelle en termes de masse ou de volume (ex. “1 kg de produit”) plutôt qu’en termes de fonction. Cela fausse toute comparaison entre produits de densités ou d’efficacités différentes.

1.3 Définir le périmètre du système et les frontières

Le périmètre du système décrit quelles étapes du cycle de vie sont incluses dans l’étude et lesquelles sont exclues. Pour les produits de construction (EN 15804), les modules sont standardisés :

  • A1-A3 : extraction des matières premières + fabrication du produit (cradle-to-gate)
  • A4-A5 : transport jusqu’au chantier + mise en œuvre
  • B1-B7 : phase d’utilisation (maintenance, réparation, remplacement, consommation d’énergie en usage)
  • C1-C4 : déconstruction + transport + traitement des déchets
  • D : potentiel de réutilisation/recyclage/récupération d’énergie au-delà des frontières du système

Pour les autres secteurs, le périmètre dépend de la PCR applicable et des objectifs de l’étude. Une ACV “du berceau à la tombe” (cradle-to-grave) couvre l’ensemble du cycle de vie. Une ACV “du berceau à la grille” (cradle-to-gate) s’arrête à la sortie de l’usine — souvent utilisée pour les matières premières et les produits intermédiaires.

1.4 Définir les règles de coupure

Les règles de coupure définissent le seuil en deçà duquel un flux peut être négligé. La norme EN 15804 impose par exemple de couvrir au minimum 98 % de la masse des flux. Il faut formaliser ces règles en amont pour garantir la cohérence et la reproductibilité de l’étude.

Comment Zelio Impact accompagne cette étape

Dans Zelio Impact, la phase de cadrage s’appuie sur un module de configuration de l’étude qui guide l’utilisateur dans la définition des paramètres clés :

  • Saisie structurée de l’unité fonctionnelle avec champ de description, quantité et durée de référence.
  • Sélection du périmètre du système via une interface visuelle représentant les modules du cycle de vie (A1 à D pour EN 15804, ou modules personnalisés pour les autres secteurs).
  • Choix de la PCR et de l’opérateur de programme cible — ce qui détermine automatiquement les indicateurs d’impact obligatoires et les bases de données à utiliser.
  • Définition des règles de coupure et génération automatique du plan de collecte de données en fonction du périmètre retenu.
  • Exportation du rapport de cadrage (objectifs, UF, frontières, hypothèses) utilisable pour la revue critique initiale.

Cette structuration en amont évite les allers-retours coûteux entre les phases de l’étude et garantit que l’ensemble des contributeurs (équipes achats, R&D, production, fournisseurs) travaillent sur les mêmes hypothèses de départ.

Étape 2 — Inventaire du cycle de vie (ICV)

L’inventaire du cycle de vie (ICV, ou LCI en anglais pour Life Cycle Inventory) est la phase la plus longue et la plus laborieuse d’une ACV. Elle consiste à collecter et modéliser l’ensemble des flux entrants et sortants du système de produits pour chaque étape du cycle de vie : matières premières, énergie, eau, transports, émissions atmosphériques, rejets dans l’eau et les sols, déchets.

2.1 Les deux types de données d’inventaire

On distingue deux catégories de données utilisées dans un ICV :

  • Données primaires : collectées directement auprès des acteurs du cycle de vie (fournisseurs de matières premières, sites de production propres, transporteurs, recycleurs). Elles sont spécifiques au produit étudié et offrent la meilleure précision, mais leur collecte est coûteuse et chronophage.
  • Données secondaires : issues des bases de données d’inventaire (ECOINVENT, Base IMPACTS® ADEME, EF, AgriFootprint…). Elles sont génériques — représentatives d’un mix technologique ou géographique moyen — et sont utilisées lorsque les données primaires ne sont pas disponibles ou pour les flux de moindre importance.

Une ACV de haute qualité maximise l’utilisation de données primaires pour les flux les plus significatifs (généralement identifiés lors d’un screening préliminaire) et recourt aux données secondaires pour les flux moins importants.

2.2 La collecte des données primaires

La collecte des données primaires est l’étape qui consomme le plus de ressources dans un projet ACV. Elle implique généralement :

  • L’inventaire des matières premières : pour chaque composant du produit, identifier la masse, l’origine géographique, le procédé de production et le fournisseur. Les données proviennent des nomenclatures produits (BOM — Bill of Materials), des fiches techniques matériaux et des bons de commande.
  • Les données de fabrication : consommations énergétiques (électricité, gaz, vapeur, air comprimé) par unité produite, consommations d’eau, déchets générés, taux de rebut. Ces données proviennent des systèmes de mesure en usine, des compteurs de production et des systèmes ERP.
  • Les données de transport : distances, modes de transport (routier, maritime, ferroviaire, aérien), taux de chargement pour chaque étape du cycle de vie (approvisionnement, distribution, fin de vie).
  • Les données d’utilisation : consommation d’énergie en usage (pour les appareils électriques, les véhicules, les équipements…), consommables nécessaires à la maintenance, durée de vie réelle ou normative.
  • Les données de fin de vie : scénarios de traitement (recyclage, incinération avec ou sans récupération d’énergie, mise en décharge), taux de collecte, distances de transport vers les centres de traitement.

2.3 La modélisation du système de produits

Une fois les données collectées, il faut modéliser le système de produits dans le logiciel ACV : créer les processus élémentaires, connecter les flux entre eux, définir les règles d’allocation pour les co-produits, et relier les données primaires aux datasets secondaires des bases de données.

La règle d’allocation est particulièrement critique lorsqu’un procédé produit plusieurs co-produits simultanément (ex. : un procédé de raffinage produisant plusieurs fractions pétrolières, une ferme produisant du lait et de la viande). La norme ISO 14044 recommande d’éviter l’allocation par substitution systémique ou par élargissement du périmètre, mais accepte l’allocation par propriété physique (masse, énergie) ou économique lorsque l’élargissement n’est pas possible.

2.4 Les principaux pièges de la phase ICV

  • Sous-estimer le temps de collecte : pour un produit industriel courant, la collecte des données primaires prend rarement moins de 4 à 8 semaines, même avec un outil dédié. Anticipez cette contrainte dans votre planning.
  • Mélanger des données de qualité hétérogène : utiliser des données primaires pour certains modules et des données très génériques pour d’autres sans documenter les différences peut fragiliser la qualité de l’étude.
  • Négliger les transports : les transports inter-étapes sont souvent sous-estimés, alors qu’ils peuvent représenter une part significative de l’empreinte carbone de certains produits (produits importés, matériaux lourds).
  • Oublier les infrastructures : certaines ACV négligent les équipements, bâtiments et infrastructures nécessaires à la production — ce qui peut introduire des biais importants pour les industries à forte intensité capitalistique.

Comment Zelio Impact accompagne cette étape

La phase de collecte des données est celle où Zelio Impact apporte le plus de valeur opérationnelle grâce à plusieurs fonctionnalités complémentaires :

  • Plan de collecte automatique : à partir du périmètre défini en étape 1, Zelio Impact génère automatiquement un plan de collecte structuré listant les données à renseigner pour chaque module du cycle de vie — avec indication du niveau de priorité selon les règles de coupure.
  • Portail contributeur multi-acteurs : les équipes achats, production, logistique et R&D accèdent à un portail dédié où chacun renseigne les données de son périmètre. Un système de workflow envoie des relances automatiques et suit l’avancement de la collecte en temps réel.
  • Import structuré des nomenclatures produits : import de la BOM (Bill of Materials) depuis un fichier Excel ou via connecteur ERP, avec matching automatique des composants vers les datasets des bases de données ECOINVENT, EF et Base IMPACTS® ADEME.
  • Matching intelligent des données secondaires : pour chaque flux non couvert par des données primaires, Zelio Impact propose automatiquement les datasets les plus pertinents dans les bases de données disponibles, avec indication du score de correspondance et de l’incertitude associée.
  • Portail fournisseurs : les fournisseurs stratégiques peuvent être invités à renseigner directement leurs données primaires dans un espace dédié, avec validation par l’équipe projet — ce qui améliore la qualité des données d’inventaire sans multiplier les échanges par e-mail.
  • Détection d’anomalies : un algorithme de vérification détecte les valeurs aberrantes, les données manquantes critiques et les incohérences d’unités — signalées à l’utilisateur avant le lancement des calculs.

Étape 3 — Évaluation des impacts du cycle de vie (EICV)

L’Évaluation des Impacts du Cycle de Vie (EICV, ou LCIA en anglais) est la phase de calcul de l’ACV. Elle convertit les flux physiques inventoriés (kg de CO₂, m³ d’eau, kg de phosphore rejeté…) en indicateurs d’impact environnemental compréhensibles et comparables.

3.1 Les trois sous-étapes de l’EICV

L’EICV se déroule en trois sous-étapes définies par ISO 14044 :

  • La classification : chaque substance de l’inventaire est assignée à une ou plusieurs catégories d’impact (ex. : les émissions de CH₄ sont classées dans “changement climatique”, les rejets de phosphore dans “eutrophisation des eaux douces”).
  • La caractérisation : les substances de chaque catégorie d’impact sont agrégées en un indicateur unique via des facteurs de caractérisation. Par exemple, toutes les émissions de GES sont converties en kg CO₂ équivalent via leur potentiel de réchauffement global (GWP). C’est à cette sous-étape qu’interviennent les méthodes d’évaluation (EF, ReCiPe, CML…).
  • La normalisation et pondération (optionnel) : les résultats peuvent être normalisés par rapport à un référentiel (ex. : impacts moyens par habitant européen) et pondérés pour faciliter l’interprétation. La pondération est obligatoirement documentée comme telle et non utilisée seule pour une communication publique.

3.2 Choisir sa méthode d’évaluation des impacts

Le choix de la méthode d’évaluation des impacts conditionne les facteurs de caractérisation utilisés et donc les résultats numériques obtenus. Ce choix doit être guidé par les objectifs de l’étude et les exigences réglementaires applicables :

  • EF 3.1 (Environmental Footprint) : méthode recommandée par la Commission européenne pour l’affichage environnemental réglementaire (Score SAE textile, futur affichage alimentaire, PEF). Elle couvre 16 catégories d’impact. C’est la méthode à privilégier pour toute étude destinée à un affichage réglementaire européen.
  • ReCiPe 2016 : méthode internationale de référence, couvrant 18 catégories d’impact midpoint et 3 endpoint (santé humaine, écosystèmes, ressources). Très utilisée pour les études académiques et les comparaisons internationales.
  • CML-IA : méthode européenne traditionnelle, encore très utilisée dans les secteurs industriels historiques (chimie, matériaux). Moins d’indicateurs que ReCiPe mais bien documentée et reconnue.
  • ILCD (Joint Research Centre) : méthode recommandée par le JRC européen, à mi-chemin entre CML et ReCiPe. Souvent requise dans les ACV liées à des financements européens.
  • TRACI 2.1 : méthode de référence nord-américaine, indispensable pour les études destinées aux marchés américains (Buy Clean, LEED).

Dans la pratique, pour une ACV destinée à l’affichage environnemental réglementaire en France et en Europe, la méthode EF 3.1 est devenue incontournable. Pour une étude d’écoconception interne, ReCiPe ou CML offrent une couverture plus large des impacts.

3.3 Les indicateurs environnementaux couverts

Une ACV complète conforme à la méthode EF 3.1 couvre 16 catégories d’impact, dont les principales sont :

  • Changement climatique — GWP (kg CO₂ éq.)
  • Appauvrissement de la couche d’ozone — ODP (kg CFC-11 éq.)
  • Acidification terrestre et des eaux douces — AP (mol H⁺ éq.)
  • Eutrophisation des eaux douces — EP freshwater (kg P éq.)
  • Eutrophisation marine — EP marine (kg N éq.)
  • Eutrophisation terrestre — EP terrestrial (mol N éq.)
  • Formation de particules fines — PM (incidence de maladies)
  • Formation d’ozone photochimique — POCP (kg NMVOC éq.)
  • Toxicité humaine — cancérogène et non-cancérogène (CTUh)
  • Écotoxicité aquatique en eau douce (CTUe)
  • Utilisation des terres (pt)
  • Consommation d’eau — WDP (m³ éq. de privation)
  • Épuisement des ressources abiotiques — fossiles (MJ) et minéraux (kg Sb éq.)
  • Utilisation des ressources — énergies primaires non renouvelables et renouvelables (MJ)

Comment Zelio Impact accompagne cette étape

Dans Zelio Impact, l’évaluation des impacts est entièrement automatisée une fois l’inventaire finalisé :

  • Calcul automatique multi-méthodes : les résultats sont calculés simultanément pour toutes les méthodes disponibles (EF 3.1, ReCiPe 2016, CML, ILCD), sans ressaisie. L’utilisateur sélectionne la méthode principale selon ses objectifs, les autres résultats restent accessibles pour comparaison.
  • Tableaux de bord d’impacts par module et par composant : les résultats sont visualisés en contributions par étape du cycle de vie (A1, A2, A3…) et par composant ou matériau, permettant d’identifier immédiatement les “points chauds” — les étapes et matériaux qui contribuent le plus aux impacts.
  • Analyse de contribution graphique : graphiques en barres empilées et en camembert pour visualiser la répartition des impacts entre les modules du cycle de vie et entre les substances de l’inventaire pour chaque indicateur.
  • Comparaison de scénarios : il est possible de créer plusieurs variantes du produit (ex. : matériau A vs matériau B, emballage plastique vs emballage papier, scénario de fin de vie recyclage vs incinération) et de comparer leurs profils d’impacts côte à côte sur l’ensemble des indicateurs.
  • Analyse de sensibilité : l’outil permet de faire varier les hypothèses clés (distances de transport, mix électrique, taux de recyclage) et d’observer l’impact de ces variations sur les résultats — essentiel pour évaluer la robustesse des conclusions.

Étape 4 — Interprétation et communication des résultats

L’interprétation est la phase qui transforme des données brutes en conclusions actionnables. C’est aussi l’étape la plus souvent bâclée — ce qui conduit à des ACV techniquement correctes mais opérationnellement inutiles, parce que leurs résultats ne sont pas traduits en recommandations concrètes pour les équipes de conception, d’achat ou de direction.

4.1 Identifier les points chauds

La première tâche de l’interprétation est d’identifier les points chauds : les étapes du cycle de vie, les matériaux ou les procédés qui contribuent de façon disproportionnée aux impacts environnementaux les plus significatifs. Cette analyse de contribution est le fondement de toute stratégie d’écoconception.

Une règle empirique bien connue dans la pratique ACV est que 10 à 20 % des flux génèrent généralement 80 à 90 % des impacts. Identifier ces flux permet de concentrer les efforts d’amélioration là où ils ont le plus d’effet.

4.2 Tester la robustesse des résultats

Avant de tirer des conclusions définitives, il est indispensable de tester la sensibilité des résultats aux principales hypothèses de l’étude. Plusieurs analyses sont recommandées par ISO 14044 :

  • Analyse de sensibilité : faire varier les paramètres incertains (distances, mix énergétique, taux de recyclage) et observer si les conclusions changent.
  • Analyse d’incertitude (Monte Carlo) : simuler des milliers de scénarios en faisant varier simultanément tous les paramètres incertains selon des distributions probabilistes, pour obtenir un intervalle de confiance sur les résultats.
  • Analyse de cohérence : vérifier que les données, méthodes et hypothèses utilisées sont cohérentes avec les objectifs initiaux de l’étude.

4.3 Formuler des recommandations concrètes

L’interprétation doit aboutir à des recommandations opérationnelles, pas seulement à des constats. Un rapport ACV de qualité inclut typiquement :

  • La liste des trois à cinq leviers d’amélioration les plus significatifs, avec une estimation de leur potentiel de réduction pour chaque indicateur clé.
  • Une analyse coût-bénéfice environnemental des alternatives identifiées (quand les données sont disponibles).
  • Des recommandations sur les données à améliorer en priorité lors de la prochaine mise à jour de l’ACV.
  • Une roadmap d’écoconception sur 1 à 3 ans, articulée avec les contraintes techniques et économiques de l’entreprise.

4.4 La revue critique : obligatoire pour toute communication publique

Selon ISO 14044, toute ACV faisant l’objet d’une communication publique — notamment pour une EPD, une comparaison de produits ou une allégation environnementale — doit être soumise à une revue critique par un expert ou un panel d’experts indépendants. Cette revue vérifie que l’ACV a été réalisée dans le respect des normes ISO 14040/14044, que les données utilisées sont appropriées, et que les conclusions sont cohérentes avec les résultats.

La revue critique peut être :

  • Interne : réalisée par un expert ACV extérieur au projet mais interne à l’organisation (autorisée uniquement pour les ACV non destinées à la communication publique).
  • Externe par expert unique : réalisée par un consultant ACV indépendant (adapté pour la plupart des EPDs).
  • Externe par panel d’experts : obligatoire pour les ACV comparatives destinées à la communication publique (comparaison de produits de fabricants différents).

Comment Zelio Impact accompagne cette étape

  • Rapport ACV automatisé et personnalisable : génération du rapport complet de l’ACV (objectifs, ICV, EICV, interprétation) dans un format conforme ISO 14044, directement exportable en PDF et en Excel. Le rapport intègre automatiquement les tableaux de résultats, les graphiques de contribution et les analyses de sensibilité.
  • Rapport EPD format opérateur de programme : pour les ACV destinées à une EPD, Zelio Impact génère directement le rapport dans le format requis par l’opérateur de programme sélectionné (International EPD System, INIES, IBU…), prêt pour la soumission au vérificateur tiers.
  • Espace de partage avec le vérificateur : le vérificateur tiers peut accéder à un espace dédié dans Zelio Impact pour consulter l’ensemble des données, hypothèses et calculs de l’étude — ce qui simplifie et accélère le processus de revue critique.
  • Tableau de bord de recommandations d’écoconception : les points chauds identifiés sont présentés dans un tableau de bord actionnable, avec pour chaque levier d’amélioration une estimation du gain environnemental potentiel.
  • Archivage et versioning : chaque version de l’ACV est archivée avec ses données, hypothèses et résultats — ce qui facilite les mises à jour annuelles et la comparaison des performances dans le temps.

Réaliser son ACV avec Zelio Impact : le workflow complet

Voici comment se déroule concrètement un projet ACV sur la plateforme Zelio Impact, de la création du projet jusqu’à la publication de l’EPD.

Étape 0 — Création du projet et configuration

Dans Zelio Impact, chaque ACV est un “projet” indépendant avec son propre espace de données. La création d’un projet demande de renseigner :

  • Le nom du produit et sa description fonctionnelle.
  • L’unité fonctionnelle (quantité, unité, durée de référence).
  • Le type d’ACV (complète ISO 14040/44, EPD EN 15804, empreinte carbone ISO 14067).
  • La PCR et l’opérateur de programme cible si EPD.
  • Les bases de données et méthodes d’évaluation à utiliser.
  • Les membres de l’équipe projet et leurs rôles (collecteur de données, validateur, lecteur).

Une fois le projet créé, Zelio Impact génère automatiquement le plan de collecte de données correspondant au périmètre sélectionné.

Étape 1 — Import de la nomenclature produit (BOM)

La nomenclature produit (Bill of Materials) est importée depuis un fichier Excel standard ou via connecteur ERP. Zelio Impact analyse automatiquement les composants et propose un matching vers les datasets des bases de données disponibles. L’utilisateur valide ou corrige les associations, puis complète les données manquantes (distances de transport, origine géographique, procédé de fabrication spécifique).

Étape 2 — Collecte collaborative des données

Le portail contributeur est activé : chaque membre de l’équipe reçoit une notification avec la liste des données à renseigner dans son périmètre. Les fournisseurs clés sont invités via un lien sécurisé à renseigner leurs propres données primaires. Le tableau de bord de suivi indique en temps réel le taux de complétion par module du cycle de vie.

Étape 3 — Calcul et analyse des impacts

Une fois l’inventaire validé, le calcul des impacts est lancé en un clic. Les résultats apparaissent immédiatement dans les tableaux de bord : profil d’impacts par indicateur, analyse de contribution par module et par composant, comparaison de scénarios si des variantes ont été créées. L’analyse de sensibilité peut être lancée directement depuis l’interface sur les paramètres clés.

Étape 4 — Génération des livrables

Selon l’objectif du projet :

  • Pour une EPD : génération du rapport EPD dans le format de l’opérateur de programme, partage avec le vérificateur tiers via l’espace dédié, puis exportation du fichier final pour publication.
  • Pour une ACV interne d’écoconception : génération du rapport ACV complet ISO 14044 et du tableau de bord de recommandations, exportation en PDF et Excel pour partage avec les équipes R&D et direction.
  • Pour le bilan carbone organisationnel : les données ACV du produit peuvent alimenter directement le module bilan carbone de Zelio Impact (scope 3 catégorie “achats de biens” ou “vente de produits”), assurant une cohérence totale entre les deux analyses.

Étape 5 — Mise à jour annuelle

Zelio Impact archive chaque version de l’ACV avec l’ensemble de ses données et paramètres. Lors de la mise à jour annuelle (obligation tous les 5 ans pour les EPDs, souvent annuelle pour les ACV internes), le projet est dupliqué et seules les données qui ont évolué sont modifiées. Les résultats sont automatiquement recalculés et comparés à la version précédente, permettant de mesurer les progrès réalisés.

Combien de temps prend une ACV ? Les réalités du terrain

La durée d’un projet ACV varie considérablement selon la complexité du produit, la disponibilité des données et le niveau d’expérience de l’équipe. Voici des ordres de grandeur réalistes pour différents contextes :

  • ACV simplifiée (screening) d’un produit courant avec données secondaires : 2 à 4 semaines avec un logiciel adapté.
  • ACV complète ISO 14040/44 d’un produit industriel courant : 2 à 4 mois, dont 4 à 8 semaines pour la collecte des données primaires.
  • EPD conforme EN 15804 pour un produit de construction : 3 à 6 mois, en incluant la vérification tierce partie (4 à 6 semaines) et la procédure de publication.
  • ACV d’un produit complexe (véhicule, équipement électronique, bâtiment entier) : 6 à 18 mois.

Pour les fabricants ayant industrialisé le processus avec Zelio Impact, les mises à jour annuelles d’une ACV déjà réalisée prennent généralement 2 à 4 semaines, contre 2 à 3 mois sans outil dédié.

ACV interne vs ACV avec cabinet de conseil : comment choisir ?

Deux modèles organisationnels coexistent pour la réalisation des ACV en entreprise. Chacun a ses avantages et ses contraintes.

Le modèle internalisé

L’entreprise forme un ou plusieurs collaborateurs à la méthodologie ACV, se dote d’un logiciel dédié et réalise ses ACV en autonomie. Ce modèle est pertinent pour :

  • Les entreprises ayant un volume d’ACV important (plusieurs études par an).
  • Les industriels souhaitant intégrer l’ACV dans leur processus de développement produit.
  • Les structures ayant déjà des compétences en ingénierie environnementale en interne.

Le modèle externalisé (cabinet de conseil)

L’entreprise confie la réalisation de ses ACV à un cabinet spécialisé, en conservant un rôle de fournisseur de données et de validation des résultats. Ce modèle est adapté pour :

  • Les PME réalisant leur première ACV sans compétences internes.
  • Les études soumises à revue critique nécessitant une expertise pointue.
  • Les ACV one-shot sans perspective de récurrence.

Le modèle hybride (le plus courant)

La réalité de terrain est souvent un modèle hybride : le cabinet de conseil accompagne la première ACV (cadrage méthodologique, formation de l’équipe, vérification critique), puis l’entreprise reprend la main pour les mises à jour annuelles sur la plateforme. Zelio Impact est conçu pour faciliter ce modèle : le cabinet peut configurer le projet et la méthodologie, l’équipe client prend en charge la collecte des données, et le cabinet intervient en validation et revue critique.

FAQ : questions fréquentes sur la réalisation d’une ACV

Faut-il une formation spécifique pour réaliser une ACV avec Zelio Impact ?

Zelio Impact est conçu pour être accessible à des professionnels ayant une compréhension de base de la méthodologie ACV (niveau “connaisseur”, pas nécessairement expert). L’interface guidée et le plan de collecte automatisé permettent de structurer l’étude sans maîtriser les détails techniques des logiciels ACV académiques comme SimaPro ou OpenLCA. Pour une première ACV, une formation de 1 à 2 jours à la méthodologie ISO 14040/14044 est recommandée, indépendamment du logiciel utilisé. Zelio Impact propose des ressources de formation intégrées (tutoriels, bibliothèque de cas pratiques) et peut être accompagné de sessions de formation personnalisées.

Quelle est la différence entre une ACV attributionnelle et une ACV conséquentielle, et laquelle choisir ?

L’ACV attributionnelle utilise des données moyennes représentatives du marché actuel pour modéliser les flux du système de produits. C’est l’approche standard pour les EPDs et l’affichage environnemental — elle décrit “l’état du monde” au moment de l’étude. L’ACV conséquentielle cherche à modéliser les conséquences d’un changement décisionnel sur le système économique plus large, en utilisant des données marginales et en intégrant les effets de substitution sur les marchés. Elle est utile pour répondre à des questions comme “quel est l’impact réel de passer de ce matériau à un autre ?” mais plus complexe à mettre en œuvre. Pour la grande majorité des projets d’écoconception et d’EPD, l’ACV attributionnelle est le choix approprié.

Peut-on réaliser une ACV pour un service plutôt que pour un produit physique ?

Oui, la méthodologie ACV s’applique aussi aux services. La difficulté principale réside dans la définition de l’unité fonctionnelle (la “fonction” d’un service est souvent plus difficile à quantifier que celle d’un produit physique) et dans la modélisation du système de service (infrastructures, équipements, ressources humaines, numérique…). Des secteurs comme le transport, les télécommunications, l’hébergement numérique et les services de nettoyage industriel ont développé des approches ACV spécifiques. Zelio Impact prend en charge la modélisation des ACV de services dans les mêmes conditions que pour les produits physiques.

Comment gérer les données confidentielles des fournisseurs dans une ACV ?

C’est une problématique réelle dans les projets ACV impliquant des données primaires fournisseurs. Zelio Impact propose un modèle d’accès sécurisé où chaque fournisseur accède uniquement à son propre espace de saisie, sans visibilité sur les données des autres fournisseurs ni sur les calculs consolidés. Les données fournisseurs peuvent être agrégées ou anonymisées dans les rapports partagés avec des tiers. En cas d’audit ou de revue critique, seul le vérificateur accrédité a accès à l’ensemble des données, sous accord de confidentialité.

Comment articuler mon ACV avec mon bilan carbone organisationnel ?

C’est l’un des principaux avantages de Zelio Impact par rapport aux logiciels ACV traditionnels. Les données d’inventaire collectées pour l’ACV produit (matières premières, énergie de fabrication, transport) peuvent alimenter directement le module bilan carbone organisationnel de Zelio Impact, notamment pour les catégories scope 3 : achats de biens et services (catégorie 1), utilisation des produits vendus (catégorie 11) et fin de vie des produits vendus (catégorie 12). Cette cohérence évite les doubles comptages, réduit la charge de collecte de données et améliore la qualité du bilan carbone scope 3 — un avantage significatif dans le contexte CSRD.

Quand faut-il mettre à jour son ACV ?

Une ACV doit être mise à jour lorsqu’il y a des changements significatifs dans le produit ou son cycle de vie : changement de fournisseur d’une matière première importante, modification du procédé de fabrication, changement d’emballage, déménagement d’un site de production dans un pays avec un mix électrique différent, ou évolution du scénario de fin de vie. Pour les EPDs, la durée de validité est de 5 ans. Indépendamment de ces changements, une mise à jour annuelle est recommandée pour les ACV internes, afin de mettre à jour les bases de données d’inventaire (nouvelles versions d’ECOINVENT ou de la Base IMPACTS®) et de mesurer les progrès réalisés par rapport à la version précédente.

L’ACV prend-elle en compte la biodiversité ?

L’impact sur la biodiversité est un indicateur émergent dans les méthodes ACV. La méthode EF 3.1 inclut un indicateur d’utilisation des terres (Land Use) qui capture partiellement les impacts sur la biodiversité terrestre. Des développements méthodologiques récents (STAR-biodiversity, GLOBIO, PDF indicators) permettent une modélisation plus fine des impacts sur la biodiversité, mais leur intégration dans les pratiques professionnelles courantes reste encore limitée. Avec la montée en puissance de la CSRD et de ses exigences sur la biodiversité (ESRS E4), cet indicateur sera de plus en plus intégré dans les ACV professionnelles dans les années à venir.

Conclusion : l’ACV, un investissement méthodologique à rentabiliser dans la durée

Réaliser une ACV conforme ISO 14040/14044 est un projet exigeant. Il mobilise des données dispersées dans l’organisation et chez les fournisseurs, requiert des compétences méthodologiques spécifiques, et implique un processus de vérification externe pour les études destinées à la communication publique. Ce n’est pas une démarche qu’on improvise.

Mais c’est aussi un investissement qui se rentabilise rapidement, à plusieurs niveaux :

  • Réglementaire : une ACV réalisée aujourd’hui est la base sur laquelle s’appuieront demain votre EPD, votre réponse aux exigences CSRD, votre contribution au Passeport Produit Numérique et vos réponses aux questionnaires acheteurs.
  • Industriel : identifier les points chauds de votre cycle de vie, c’est identifier les leviers d’optimisation les plus efficaces — en termes d’impact environnemental, mais souvent aussi en termes de coût (moins de matière, moins d’énergie, moins de déchets).
  • Commercial : une EPD publiée sur INIES ou l’International EPD System est un argument de différenciation concret, vérifiable et durable auprès de vos clients et donneurs d’ordre.

La clé pour maximiser ce retour sur investissement est de choisir un outil qui industrialise le processus sans sacrifier la rigueur méthodologique. Zelio Impact a été conçu pour servir précisément cet objectif : rendre l’ACV accessible à un plus grand nombre d’entreprises industrielles et de cabinets de conseil, tout en maintenant la conformité aux normes ISO et aux bases de données de référence — et en faisant le lien avec le bilan carbone organisationnel pour une vision environnementale cohérente et complète.